Le gouvernement est au rouge, affirme la Commission africaine pour la supervision des élections (CASE) qui dit avoir été alertée sur le flou persistant dans le financement des élections en République démocratique du Congo.
Par Athanase Mwenge
La CASE interpelle le gouvernement sur ses obligations d’assurer le financement, la sécurisation et la facilitation au processus électoral. En dépit de ses scénarios politiquement motivés pour satisfaire le parti présidentiel, Denis Kadima Kazadi, le président investi à la tête de la CENI, ne sait pas rassurer le peuple congolais sur sa capacité à respecter le délai des scrutins à la date du 20 décembre 2023. La CASE révèle de manière claire que « le personnel de la CENI irrégulièrement payé accumule des arriérés injustifiés pendant l’année électorale et la même CENI n’a toujours pas remis les anciens agents dans leurs droits après que leurs arriérés et indemnités de sortie eussent été consommés par l’équipe Kadima pour combler des écarts de financement accumulés par le gouvernement ».
500 millions de dollars manquent à la CENI
Selon Simaro Ngongo Mbayo, président de la CASE, la CENI exige une bagatelle d’environ 500 millions de dollars US pour stabiliser les nombreux besoins de financement du cycle électoral en cours. « Alors que la communauté internationale observe toute la déraison institutionnelle de la centrale électorale, le gouvernement n’a toujours pas versé aux comptes CENI les fonds nécessaires à la tenue des opérations électorales et postélectorales », déplore la CASE.
Pour tenter d’exercer une certaine pression sur les ministères du Budget et des Finances, l’équipe Kadima spécule et tâtonne en annonçant sans précision la poursuite de l’enrôlement dans les territoires non couverts par la révision du fichier électoral. Ainsi, poursuit cette plateforme électorale, « la CENI met toute son énergie dans un matraquage communicationnel creux afin de distraire l’opinion en lui donnant faussement l’impression d’être en harmonie avec son calendrier ».
Denis Kadima appelé à la franchise
La CASE invite Denis Kadima Kazadi à la franchise. Elle lui demande de dénoncer publiquement cette pression permanente qu’il ne cesse de subir de la part de son parti politique (sans le citer) pour échapper aux critiques rigoureuses de l’opposition. « Les élections exigent la prévision », disait l’abbé Malumalu d’heureuse mémoire, rappelle Simaro Ngongo pour qui « mentir à toute une nation sur les capacités budgétaires illusoires de la CENI est un manquement éthique et professionnel grave ».
L’organisation invite également toutes les parties prenantes au processus électoral à dénoncer la crise financière dont souffre la CENI afin d’attirer l’attention de l’Union sacrée sur la priorité de financer les opérations électorales avant tout calcul budgétaire de campagne électorale.
La CASE regrette par ailleurs le gaspillage de tout un cycle législatif qui n’a servi ni à stabiliser sécuritairement le pays ni à garantir un financement adéquat au processus électoral. « Les députés et sénateurs de la législature en cours se sont contentés de se servir les premiers à la caisse du trésor pour assurer la campagne “Béton” tout en ignorant que sans élections, il n’y aura pas de nouveau président élu à l’horizon 2024 », déplore la CASE.
Si l’institution de gestion des élections souffre ainsi gravement de manque de financement, il n’y a rien à espérer pour les fonctionnaires, enseignants, médecins et professeurs, poursuit cette organisation spécialisée en matière électorale. Tout semble donc suspendu à la réélection irrationnelle du président sortant, dit-elle. « Tous les fonds du trésor auraient été affectés à la redistribution des cagnottes de campagne aux partis politiques de la majorité et aux associations tribales de soutien au candidat du pouvoir », a-t-il ainsi désapprouvé.