Si près de 50 chefs d’Etat africains sont attendus au sommet de la mi-décembre à Washington, aucun entretien bilatéral n’est à ce jour prévu avec le président américain, qui ne leur accordera que peu de temps. Les annonces porteront avant tout sur des sujets économiques.

Etait-il possible de faire traverser l’Atlantique aux chefs d’Etat africains sans leur offrir le cliché d’une poignée de main avec leur homologue américain ? Le président Joe Biden a finalement tranché. A l’occasion de l’US-Africa Leaders Summit (13 au 15 décembre), il prendra le temps de s’afficher avec chacun des 50 présidents ou représentants de pays du continent lors du dîner de gala, le 14 décembre, à la Maison blanche.

Cette question était un temps restée en suspens, plusieurs cadres en charge des affaires africaines au National Security Council (NSC), plaidant pour éviter d’immortaliser des rencontres avec des dirigeants africains dont les régimes font l’objet de vives campagnes d’ONG de défense des droits humains, voire, pour certains, de procédures judiciaires.

Pendant l’événement, son équipe devrait publier des communiqués “contextualisant” la relation entre les Etats-Unis et des chefs d’Etat tels que le président de la transition au Tchad, Mahamat Idriss Déby, l’Egyptien Abdelfattah al-Sissi ou encore le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali.

Lors de ce sommet, deuxième du nom après celui de 2014 sous la présidence de Barack Obama, l’hôte Biden jouera un numéro d’équilibriste. Pour montrer son attachement aux valeurs démocratiques, il devrait, lors du dîner, installer à la place d’honneur à ses côtés le président nigérien Mohamed Bazoum, qu’il estime représenter un pôle de stabilité dans une région minée par les coups d’Etat. Pour donner le change, le premier jour du sommet sera grandement consacré à la société civile africaine.

Entretiens informels

Afin d’attirer le plus grand nombre de chefs d’Etat à Washington et faire valoir le succès de ce sommet préparé par l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, et par la conseillère spéciale du président, Dana Banks, la Maison blanche a établi sa liste d’invitations en fonction des critères de l’Union africaine, excluant seulement les pays suspendus par l’organisation ainsi que l’Erythrée.

Aucun entretien bilatéral avec Joe Biden n’est programmé pour l’instant, même si l’équipe du président a laissé entendre à certaines délégations que de rapides entrevues informelles pourraient se tenir entre deux portes.

Le secrétaire d’Etat Antony Blinken et surtout Molly Phee, la secrétaire d’Etat adjointe aux affaires africaines, ont prévu de se multiplier pour rencontrer des chefs d’Etat et aborder des sujets bilatéraux d’actualité tels que la crise entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC).

Energie, infrastructures, agriculture

Au troisième et dernier jour du sommet, consacré aux chefs d’Etat, les sessions ne porteront que sur des thématiques larges et consensuelles (sécurité, gouvernance, prospérité) afin de contenter tout le monde. Aucun engagement politique fort n’est à ce jour attendu à l’issue du sommet, alors que la Stratégie américaine en Afrique sub-saharienne a été publiée en août. L’annonce d’une visite prochaine de Joe Biden sur le continent, où il ne s’est pas encore rendu, serait un fait marquant, mais cette option demeure très hypothétique.

Les Etats-Unis devraient cependant s’engager sur le plan économique, en particulier pour promouvoir des investissements sur le continent dans la sécurité alimentaire, les énergies renouvelables, la santé et les infrastructures. Un soutien plus important doit aussi être apporté à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Un forum business USA-Afrique sera organisé le deuxième jour du sommet.

Moins fournies qu’en 2014, les délégations officielles (douze personnes, plus 25 pour le secteur privé) profiteront aussi de leur passage dans la capitale américaine pour rencontrer d’autres interlocuteurs dans les différents ministères et institutions.

Mais la plupart des demandes pour rencontrer des membres du Congrès ont fait chou blanc, de nombreux représentants ayant déjà quitté Washington à cette période de l’année. Certains d’entre eux ont même fait leurs bagages pour de bon, défaits lors des élections de mi-mandat, et leurs successeurs ne prendront leurs quartiers que dans quelques semaines, la rentrée étant prévue le 3 janvier.

FK